Romain Vicari

Romain VICARI
ou l’art de la perturbation

D’un espace l’autre, d’un milieu l’autre, d’une réalité l’autre, Romain Vicari n’arrête pas de partir en repérages, d’être en alerte, de traverser les territoires, de les parcourir, de s’arrêter pour, de nouveau, repartir. Repartir, encore et en- core, pour mieux s’arrêter et mieux voir. Puis soudain, comme une évidence dans ce mouvement incessant, c’est le moment juste, c’est le lieu juste qui s’impose et Vicari s’en empare. Dans la ville, il s’approprie les failles du tissu urbain - chantiers, espaces publics, espaces abandonnés, espaces en friche - partout où la mémoire fait traces, là où le promeneur se transforme en archéologue du présent et crée une mémoire d’une autre temporalité, comme une mémoire du futur. Mais la ville n’est pas son seul terrain de jeu car c’est avec une même allégresse qu’il met en place d’autres jeux, d’autres pistes, en investissant les espaces clos. Sérieux comme le plaisir, c’est avec cette même jubilation, qu’il ouvre, grâce au protocole qu’il s’impose à lui-même, des combinatoires insoupçonnées et presque sans limite. Ce protocole rend visible une mécanique, une exigence et une démarche iconoclaste, par lesquelles Vicari perturbe les codes en les inversant pour mieux en établir d’autres. Passant des espaces extérieurs aux espaces intérieurs, sans hiérarchisation de lieux, en refusant de valider des catégories qui ne sont pas les siennes, Vicari oute les lignes, annule les limites, brouille les pistes et passe du white cube de la galerie d’art contemporain aux chantiers de construction, de l’ouvert au fermé, sans hésitation. Ici, en arpenteur infatigable, dans ce lieu si étrange qui se nomme Salon, il continue et ampli e sa démarche d’appropriation, de fragmentation, de dé-construction qui permet à autre chose d’advenir. Il gratte, creuse et déchire, il attaque, sature et soude, il fracture les espaces, les surfaces, les parois. Il crée des Combines, comme en écho à Rauschenberg, il installe et associe autant qu’il sépare, il organise et rend possible des variations in nies. Il joue et se joue des matériaux - paravent, resine, platre, métal, structure, ampoules électriques, béton, bois, pigments, aluminium, couleurs, resine, vidéo investissant les territoires réels mais également ceux de l’émotion et ceux de la pensée. En géomètre du sensible, dans un processus inlassable, Vicari provoque des rencontres aléatoires, rend visible une nouvelle topographie, et provoque des rencontres aléatoires qui, toutes, font sens.

Gaya GOLDCYMER

Catalogue du 61e Salon de Montrouge 2016